LEGALSACE RH
Caroline CHRISTMANN
Pour une grande majorité de salariés, le mois de mai rime avec l'arrivée des beaux jours, mais il marque aussi un tournant administratif majeur.
Le 31 mai est, dans la plupart des entreprises, la date butoir pour consommer ses congés payés.
Dès le 1er juin, les compteurs sont remis à zéro pour laisser place à une nouvelle période. Sans une gestion proactive, les jours non pris au 31 mai sont normalement perdus : c'est ce que l'on appelle une situation "perdante-perdante", car le salarié perd son repos et l'entreprise perd l'opportunité de voir ses équipes se ressourcer.
En tant que consultante RH, mon conseil est simple : n'attendez pas la dernière minute pour faire le point. Il existe des solutions concrètes pour valoriser ces jours durement acquis.
1. Les solutions légales pour ne pas perdre ses jours de congés
Si votre charge de travail ou votre organisation personnelle ne vous permettent pas de poser tous vos jours avant la fin du mois, plusieurs leviers légaux et conventionnels peuvent être activés pour sauvegarder votre capital repos.
1.1. Le report de congés : règles et accord requis
Le report n'est pas un droit automatique, mais il peut être négocié ou prévu par les textes :
L’accord formel de l’employeur : vous pouvez solliciter un report exceptionnel. S'il est accepté, veillez à obtenir une confirmation écrite ;
Les dispositions conventionnelles : vérifiez votre accord d’entreprise ou votre convention collective ; ils prévoient souvent des modalités de report plus souples que le cadre légal général ;
L’empêchement du fait de l’employeur : si vous prouvez que vous n'avez pas pu prendre vos congés à cause de l'entreprise (surcharge de travail avérée, refus systématiques de vos demandes), l'employeur est tenu de vous indemniser ou de reporter ces jours.
1.2. Le Compte Épargne-Temps (CET) : un outil de flexibilité pour les TPE et PME
Le CET est un formidable outil de flexibilité. S'il n'est pas obligatoire, sa mise en place est aujourd'hui simplifiée.
Pour toutes les entreprises : même dans les TPE et PME, le CET peut être instauré facilement, parfois par simple décision unilatérale de l'employeur selon les accords de branche ;
Le principe : vous pouvez y "stocker" vos jours non pris (notamment la 5e semaine). Ce compte vous permet de financer un congé futur plus long ou de demander une monétisation de ces jours, transformant ainsi du temps de repos en complément de rémunération.
1.3. Le PERCOL (Plan d'Épargne Retraite d'Entreprise Collectif) : optimiser la fiscalité et préparer l'avenir
Le PERCOL est une option stratégique pour valoriser votre épargne sur le long terme.
Le transfert : vous avez la possibilité d'affecter jusqu'à 10 jours de repos non pris par an vers ce plan ;
L'avantage fiscal : ce dispositif est particulièrement attractif car les jours ainsi transférés bénéficient d'une exonération partielle de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu. C'est un levier efficace pour préparer l'avenir tout en optimisant sa fiscalité actuelle.
1.4. Le don de jours de repos : un levier de cohésion et de solidarité
Si vous disposez de jours excédentaires, vous pouvez choisir d'en faire don à un collègue. C'est un acte fort qui renforce la cohésion d'équipe et soutient l'engagement associatif.
Cas autorisés par le Code du travail :
Salariés engagés dans la réserve militaire opérationnelle.
Parent d’un enfant décédé ou gravement malade.
Salarié venant en aide à un proche aidant.
Soutien au bénévolat et à la vie associative.
Rappel crucial : pour garantir votre propre santé, la loi sanctuarise votre repos minimal. Seuls les jours au-delà des 4 premières semaines de congés payés (la 5e semaine et les jours de fractionnement) peuvent faire l'objet d'un don.
Au-delà de ces dispositifs de sauvegarde, savez-vous que vous pourriez bénéficier de jours de repos supplémentaires sans même le savoir ? L'article L3141-8 du Code du travail prévoit des droits spécifiques pour les parents.
2. Zoom sur l'Article L3141-8 : les congés supplémentaires pour enfants à charge
Ce droit, souvent méconnu des salariés et des gestionnaires, permet d'obtenir des jours de congés supplémentaires en fonction de la situation familiale.
Qu’est-ce qu’un enfant à charge ? Au sens de cet article, est réputé enfant à charge l'enfant qui vit au foyer et qui est âgé de moins de 15 ans au 30 avril de l'année en cours. Cette limite d'âge est supprimée si l'enfant est en situation de handicap.
Voici le détail de vos droits (en jours ouvrables) selon votre âge :

Important : conformément à l'article L. 3141-3, le cumul de vos congés annuels et de ces jours supplémentaires ne peut en aucun cas dépasser le plafond maximal de 30 jours ouvrables (soit 5 semaines). Ces jours sont accordés en plus des congés payés légaux acquis au titre du travail effectif.

Conclusion : anticiper pour mieux déconnecter
L'approche du 31 mai ne doit pas être une source de stress, mais une opportunité de dialogue.
L'anticipation est votre meilleure alliée : une bonne gestion de ses congés est le premier pas vers un équilibre vie professionnelle et vie personnelle réussi.
Mais côté entreprise, la gestion des congés n'est plus une simple ligne comptable en bas d'une fiche de paie : c'est un acte de management stratégique. La clarté sur les droits n'est pas seulement une obligation légale, c'est un gage d'attractivité et de sérieux pour votre marque employeur. En informant systématiquement et en utilisant intelligemment les outils de report, vous assainissez votre bilan et protégez votre entreprise.
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